Taïna, indienne des Caraïbes, a été instruite dès son enfance pour devenir chamane, mais Christophe Colomb et les Espagnols arrivent...
Vous ne la connaissez pas, pourtant elle a tenu le monde entre ses mains. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Gertrude Bell a dessiné les frontière de l'Orient, dans ce désert sauvage où tout a commencé : le pays entre deux fleuves, le Tigre et l'Euphrate.
Aventurière, archéologue, espionne, parlant l'arabe et le persan, elle fut la première femme puissante de l'Empire britannique, mais aussi une héroïne tragique. Idéaliste comme son ami et frère d'âme Lawrence d'Arabie. Impérialiste et courageuse comme le jeune Winston Churchill. Enfant aimée et incomprise d'une riche famille victorienne. Amoureuse éperdue. Et une énigme pour nous : celle des femmes que l'Histoire a effacées.
Olivier Guez lui rend sa gloire et nous offre une épopée flamboyante : de la découverte de gigantesques gisements pétroliers aux jeux de pouvoir cruels entre Britanniques, Français et Allemands, des négociations sous les tentes bédouines aux sables de Bagdad où se perdent nos rêves.
Le roman de Gertrude Bell dessine la vaste freque de la première mondialisation, quand le plus grand empire de tous les temps s'approprie une contrée mythique et maudite, terre d'Abraham, du déluge et de Babel, tombeau d'Alexandre le Grand : la Mésopotamie.
Mesopotamia, c’est cette terre biblique, considérée comme le berceau de la civilisation, qu’entre Tigre et Euphrate, l’on appelle Irak aujourd’hui. A la fin du XIXe siècle, le percement du canal de Suez et le besoin naissant de pétrole l’érigent à nouveau « nombril du monde ». Toutes les grandes puissances tentent d’y asseoir leurs convoitises, dans un « Grand Jeu » politique et diplomatique qui redessine les frontières, crée de nouveaux empires et fonde ce qui deviendra le Moyen-Orient que nous connaissons.
Une femme que l’Histoire a pourtant oubliée, lui préférant la figure de Lawrence d’Arabie, y a joué un rôle majeur. Archéologue, exploratrice, espionne, diplomate, enfin personnage politique, elle fut considérée comme « la femme la plus puissante de Mésopotamie », sa « reine sans couronne ». Depuis une quinzaine d’années, historiens et biographes la redécouvrent, comme Olivier Guez qui lui a consacré six ans de recherche et d’écriture et qui nous en livre un portrait fouillé, riche de ses contradictions et ambivalences.
Cette « Lawrence d’Arabie féminine » s’appelle Gertrude Bell. Née en 1868 dans une famille de la grande bourgeoisie industrielle britannique, elle fait des études supérieures quand les femmes sont à peine tolérées dans les universités. Se sentant malgré elle impropre au mariage selon les canons de l’époque, elle multiplie les voyages, se fait alpiniste et archéologue, et acquiert une si bonne connaissance du Moyen-Orient, de la langue arabe et de la diplomatie dans la région, qu’elle y devient agente de liaison pour les services de renseignement du Commonwealth.
Femme dans un monde d’hommes qui ne lui fait aucun cadeau, elle impose si bien ses compétences que c’est elle qui poussera Churchill à l’indépendance de la Mésopotamie, à la création de l’Irak et au choix de son premier roi, Faycak, dont elle sera la plus proche conseillère. Elle finira pourtant dans l’oubli, reléguée par d’autres figures comme celle de son ami Lawrence d’Arabie quant à lui en pleine gloire, désespérée d’assister bientôt à la main mise des Américains sur le pétrole irakien.
Il est impossible de dépeindre qui fut Gertrude Bell sans se plonger dans les arcanes géopolitiques où s’affrontent puissances occidentales, Ottomans, Bédouins, sunnites, chiites et Kurdes. Le récit ne cessant qui plus est de sauter d’une époque à l’autre dans une sorte de tourbillon temporel, toute la concentration du lecteur est requise pour suivre Gertrude dans un parcours par ailleurs si extraordinaire que la réalité historique bat d’emblée en brèche toute tentation d’en rajouter sur le plan romanesque. Peu à peu se dessine une personnalité d’exception, respectée par les uns, décriée par les autres, dans un monde masculin stupéfait de constater : « c’est une femme remarquablement intelligente avec le cerveau d’un homme. »
Gertrude se comporte d'ailleurs si bien en homme sur le plan professionnel que sa vie privée et sentimentale est un échec. Pourtant, en pur produit de son temps et de son pays, elle ne se révolte que de la condition des femmes musulmanes, désapprouvant vivement le combat des suffragettes, « dangereux pour la démocratie anglaise ». Fidèle à sa manière de penser révélée par une abondante correspondance, l’auteur se garde du moindre jugement ou de toute interprétation psychologique, la livrant à nos yeux à la fois aventureuse, déterminée et intelligente, mais aussi imprégnée des certitudes racistes, impérialistes et même sexistes de son époque et de son milieu.
C’est précisément cette authenticité sans faille, l’exactitude parfaite de la restitution construite sur un minutieux travail de documentation, qui fait l'immense intérêt de cet ouvrage, plus historique que romanesque, tranche de vie autant que tranche d’époque, et fascinante redécouverte d’une femme oubliée de l’Histoire.
Certains personnages sont victimes d’une éclipse, d’une substitution, d’un effacement … C’est le cas de Gertrude Bell, anthropologue de formation, espionne par recrutement des services de la Couronne impériale Britannique, et diplomate par la force des circonstances. Dans son roman, Mesopotamia, Olivier Guez nous restitue avec brio et précision le portrait de Gertrude Bell. Très tôt dans son existence, elle acquiert des certitudes : sur sa destinée, les orientations qui vont imprimer un cours décisif à sa vie : « Elle avait douze ans. Elle espérait depuis sans bien comprendre quels seraient les signaux annonciateurs de l’épiphanie. Sa vie : elle parcourrait le monde, elle voyagerait. Elle leva les bras au ciel, triomphante. »
À propos de ses opinions politiques, Olivier Guez situe Gertrude Bell dans la droite ligne d’un impérialisme colonial des plus répandus à cette époque sur le continent européen, au dix-neuvième siècle et dans la première moitié du vingtième siècle : « À Cette époque- le milieu des années 1890- Gertrude était depuis longtemps une impérialiste convaincue. Elle compulsait le Times, champion de l’expansion, et la Pall Mall Gazette, chantre de l’impérialisme de responsabilité » Pourtant, le personnage de Gertrude Bell est ambigu : cette femme très cultivée et très lettrée, est amoureuse de l’Antiquité, du Moyen-Orient. Elle apprend le persan, l’arabe et rêve de jouer un rôle, comme femme, comme érudite, dans l’élaboration d’une nouvelle carte politique du Moyen-Orient, juste après la première Guerre mondiale. Autre contradiction de sa personnalité : elle n’est pas féministe et s’oppose au combat des suffragettes britanniques. Elle parvient, très partiellement, très imparfaitement à jouer un rôle diplomatique et politique au Moyen-Orient : ses avis et recommandations auprès du nouveau roi de l’Irak Fayçal, ne sont pas suivis d’effet ; Ce dernier la néglige. Elle n’est pas légitime, non plus, aux yeux de la classe dirigeante britannique, peu perméable aux innovations sociétales. Le parallèle avec Lawrence d’Arabie est évident. Olivier Guez évoque aussi les relations et échanges produits par ces deux personnages hors du commun et rendus à la vie civile, après avoir tenté d’influer sur le sort du monde. Mesopotamia est un roman riche en informations historiques, politiques, littéraires. Tout lecteur désireux d’y trouver des éclairages sur le temps présent le lira avec grand profit.
Gertrude Bell est une personnalité éminemment romanesque dont Olivier Guez s’empare pour écrire un roman fascinant. Archéologue, exploratrice, diplomate, parfois même espionne ou aventurière, cette femme née au cœur d’une famille de la haute bourgeoisie britannique a joué un rôle essentiel dans l’histoire politique du Moyen-Orient.
Olivier Guez tire de ce destin incroyable un récit flamboyant dont on peine à se détacher. Il dresse le portrait d’une femme entêtée, capable de prendre sa vie en main dans ce XXème siècle marqué par la première guerre mondiale. Mais aussi celui d’une femme aux amours contrariées et malheureuses. Olivier Guez ne cache rien non plus des paradoxes de Miss Bell et de son caractère parfois un brin rigide voire mégalomane !
Mais c’est aussi un fabuleux cours d’histoire, de politique et de géopolitique. Au grès des alliances et des luttes entre l’Angleterre, la France, l’Allemagne, on voit fluctuer les frontières d’un Moyen-Orient en pleine ébullition, théâtre des affrontements entre ces pays pour qui les gisements pétroliers vont devenir essentiels, surtout à l’approche de la guerre.
On apprend ainsi comment est né l’Irak, quelles ont été les jeux diplomatiques des uns et des autres, les machinations, les retournements de situations qui ont présidé à la mise en place de nouveaux territoires. Et cet éclairage permet de mieux comprendre les conflits plus contemporains qui prennent leur source dans ces jeux de dupes au cœur desquels Gertrude Bell a eu un rôle essentiel.
On croise dans le récit Lawrence d’Arabie, dont Gertrude était une très proche amie ou bien encore Winston Churchill. Olivier Guez réussi avec brio cette alliance entre réalité et fiction, entre romanesque et vérité historique, entre divertissement et pédagogie. C’est un livre très enrichissant, qui permet, à travers un destin hors du commun, de mieux comprendre les implications de l’histoire sur notre époque et les répercussions encore visibles aujourd’hui.
A lire absolument !
Quand un écrivain de talent sort de l’oubli une héroïne de l’Histoire du premier quart du XXe siècle, cela donne un récit passionnant.
Mesopotamia d’Olivier Guez (La disparition de Josef Mengele) réussit cela parfaitement même s’il me désoriente parfois avec les libertés qu’il prend pour la chronologie. Heureusement, chaque chapitre annonce le lieu et surtout l’année mais j’aurais préféré une narration plus classique. Cette façon de raconter, je le reconnais pourtant volontiers, a aussi du charme car elle apporte des explications, détaille un passé important pour le personnage central : Gertrude Bell.
Alors, je n’ai pas boudé mon plaisir pour suivre Miss Bell comme on l’appelle. À Bassora d’abord, en 1916 puis à Ispahan, Bagdad, Téhéran, Port-Saïd, Damas, Konya, Le Caire, sans oublier ses retours réguliers à Rounton Grange, le domaine familial, et à Londres. Cette femme volontaire, rigoriste, qui s’oppose au droit de vote pour les femmes, est archéologue mais excelle surtout dans ses visions politiques pour unir cette Mésopotamie, avec le Tigre et l’Euphrate, du golfe persique aux montagnes kurdes, pays qui deviendra l’Irak.
Olivier Guez sait parfaitement m’attacher à ses personnages qu’il fait vivre avec leurs qualités et leurs contradictions. Il livre aussi de splendides descriptions lorsque Miss Bell qui rêvait de l’Orient, arrive en Perse à l’âge de 23 ans, en 1892.
Ce Thomas Edward Lawrence qui commence à apparaître dans le récit, à 28 ans, en 1916, partage avec Gertrude Bell la même détestation des Français. La date fait tilt aussitôt car la Première guerre mondiale dure depuis déjà deux ans et la Grande-Bretagne, engagée dans les batailles, ne veut rien céder de son empire oriental qui repose essentiellement sur les Indes. Seulement, en Mésopotamie, il y a le pétrole qui commence à jouer un rôle important.
L’auteur montre bien comment l’Angleterre rayonne sur le monde en proposant un panorama impressionnant. Revenant à Miss Bell, il fait vivre cette jeune femme que son père, Hugh Bell, riche industriel, veut marier. Hélas, pour l’instant, Gertrude ne séduit aucun homme car elle se veut leur égale et son éducation rigoriste n’aide pas.
Les événements historiques sont vécus depuis le Moyen-Orient, principalement du côté britannique, et cela change notre point de vue. Olivier Guez livre ici un passionnant rappel de l’Histoire de l’après Première guerre mondiale, après l’effondrement de l’empire ottoman, et je comprends mieux tous les problèmes qui agitent cette région depuis longtemps et perdure encore aujourd’hui.
Apparaît enfin Fayçal, encore un personnage très connu, comme Lawrence, le fameux Lawrence d’Arabie. Fayçal sera propulsé à la tête de ce nouvel état mis en place grâce à la volonté inébranlable de Gertrude Bell. Si cette femme se bat, lutte avec beaucoup de courage, il est important de noter ses moyens financiers importants, grâce à la fortune de son père. Elle ne se prive d’aucun voyage, cumule tous les avantages matériels nécessaires et superflus même si elle n’hésite pas à affronter le désert lorsque c’est nécessaire.
Olivier Guez fait de son héroïne un personnage tout de même attachant qui m’a fait souffrir jusqu’au bout dans sa recherche de l’amour, recherche enfiévrée, maladroite et très émouvante. Toutes les lettres qu’il cite ont été conservées et son amour pour Dick n’en est que plus bouleversant.
Jusqu’au bout de Mesopotamia, j’ai été captivé par ma lecture, une lecture qui mêle avec beaucoup de justesse itinéraire personnel et implications politiques essentielles pour l’avenir de toute une partie du monde, dans une région que Gertrude Bell (1868 – 1926) avait tenté de stabiliser. Hélas…
Chronique illustrée à retrouver ici : https://notre-jardin-des-livres.over-blog.com/2024/10/olivier-guez-mesopotamia.html
La nécrologie du New York Times souligne que « depuis la reine Zénobie, aucune femme n'avait joué de rôle aussi important dans la destinée du Moyen-Orient ». Gertude Bell fait partie de ces personnages dont le rôle historique majeure a été totalement invisibilisé parce que femme et parce qu'un homme ( ici le flamboyant Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d'Arabie, son ami âme soeur ) a pris toute la lumière à sa place.
Le roman d'Olivier Guez a le mérite de faire découvrir son parcours exceptionnel. Née dans la haute bourgeoise industrielle anglaise, c'est la première femme diplômée en histoire moderne à Oxford en 1888. Brillante, polyglotte, archéologue, alpiniste, unique femme chef de renseignement durant la Première guerre mondiale, agent de liaison entre Le Caire et Delhi pour huiler les communications entre ces deux centres rivaux de l'empire britannique. C'est elle qui préside à la genèse du Moyen-Orient moderne après le démembrement de l'Empire ottoman, c'est à elle que l'on doit en 1921 la création du royaume d'Irak avec à sa tête le roi hachémite Fayçal Ier.
Olivier Guez a choisi d'alterner des chapitres qui avancent dans le temps de 1916 à sa mort en 1926 à Bagdad, centrés sur sur vie extérieure, avec d'autres qui eux le remontent pour éclairer son enfance et éducation, et qui de façon plus spécifique explorent sa vie intérieure. Le dispositif est classique mais dans ce cas précis, j'ai trouvé qu'il ne fonctionnait pas.
En fait, j'ai eu l'impression de lire deux livres qui ne se rencontrent jamais vraiment. Les chapitres « Gertrude dans le monde » sont de gros blocs très denses qui s'apparentent à un roboratif ( et peu digeste ) essai sur l'évolution géopolitique du Moyen-Orient dans le cadre de l'impérialisme britannique, plutôt qu'au roman d'aventures que j'attendais ( y a qu'à regarder l'illustration de couverture ). Ces parties sont très intéressantes en soi mais elles sont surdéveloppées dans le roman alors que la quatrième de couverture promet une biographie romancée.
Au final, le souffle romanesque est plombé par l'aspect didactique wikipediesque, ce qui fait que j'ai eu des difficultés à m'immerger dans les chapitres plus intimistes qui ne font qu'effleurer l'intériorité de Gertrude Bell. Je suis ainsi restée en permanence très très loin de cette héroïne alors que je n'attendais que de vibrer avec et pour elle.
C'est d'autant plus frustrant que Gertrude Bell aurait dû être une héroïne passionnante avec tous ses paradoxes. Elle est très moderne dans sa façon de se considérer comme l'égale des hommes dans un monde d'hommes tout en ne se revendiquant pas féministe mais au contraire anti-suffragette, disant que donner le droit de vote aux femmes serait une erreur. Elle est totalement dévouée à l'impérialisme britannique tout en étant arabiste et profondément amoureuse de la culture orientale. Elle est aussi assurée dans ses décisions politiques concernant l'Irak que terriblement malchanceuse dans ses choix amoureux, empêtrée dans une éducation victorienne pudibonde. Mais ses ambiguïtés contradictoires, je ne les ai pas assez senties.
Malgré la qualité de l'écriture et de la rigueur documentaire, malgré le sujet plutôt neuf, je ressors très déçue de cette lecture dont j'attendais beaucoup, à commencer par de la flamboyance à la hauteur de la puissance du personnage principal.
Olivier Guez nous transporte à une période mal connue (le début du siècle dernier, l'entre deux guerres) dans un Moyen-Orient dont on parle beaucoup mais que l'on ne connait pas si bien que cela, il nous invite à suivre la trace d'une totale inconnue (qui donc avait entendu parler de Gertrude Bell !?) : alors avec un tel carnet de route, on ne peut que répondre à son invitation et monter à bord du premier vapeur en partance pour la Mésopotamie.
♥ On aime :
• On est nombreux à avoir manqué le biopic de Werner Herzog, "La reine du désert" avec Nicole Kidman (2015), et on n'a donc absolument aucune idée de qui peut bien être cette Gertrude Bell, née vingt ans avant Lawrence d'Arabie qu'elle croisa à de nombreuses reprises : et pour cause, ils faisaient le même boulot pour l'Empire britannique (dans l'administration civile).
Fille de (très) bonne famille elle fut voyageuse, alpiniste, archéologue, espionne et diplomate.
Une femme élevée dans la plus stricte tradition victorienne, une femme aux amours tourmentées, qui n'aura pas eu d'enfants mais qui fut la sage-femme qui donna naissance à un pays : l'Irak.
• On est toujours avide de ces romans qui savent mêler grande et petite H/histoire, qui nous font découvrir des personnages surprenants, qui nous font voyager dans le temps et l'espace vers des périodes ou des contrées étonnantes, qui nous éclairent des pans entiers de l'Histoire et de la géopolitique, bref des romans qui nous donnent l'illusion d'être un peu plus intelligents en refermant le bouquin.
• On apprécie qu'Olivier Guez nous brosse un tableau panoramique de cette époque et de cette région mal connues. le débarquement américain de plusieurs millions d'hommes qui mit fin à la terrible guerre, l'accord franco-anglais (l'accord secret Sykes-Picot) pour dépecer l'empire ottoman défait, la création de la SDN et la venue du président US Woodrow Wilson à la Conférence de la Paix de Paris de 1920, et bien sûr la géopolitique britannique au Moyen-Orient, les rivalités entre chiites et sunnites, les dynasties hachémite et wahhabite, les débuts du sionisme en Palestine, les premières batailles pour le pétrole, le sort des Kurdes et pour finir, la transformation de cette Mésopotamie en état souverain : l'Irak. Ouf !
• Et puis il y a ce portrait en profondeur d'une femme, pur produit de son temps et de son pays.
Si Miss Bell n'a pas que des qualités ("les hommes craignaient son impertinence ou se moquaient de son snobisme et de son arrogance"), et même si elle ne fait que mettre en musique les objectifs de l'impérialisme anglais ("les Kurdes n'auront ni État ni autonomie au sein de la nation irakienne"), on finit par se prendre, sinon de sympathie, tout au moins d'empathie pour cette femme au destin exceptionnel.
Une femme intelligente, une "reine sans couronne" qui arrivera à ses fins, du moins en politique.
Le contexte :
Si tout le monde connait le très charismatique Lawrence d'Arabie alias Sir Thomas Edward Lawrence, parti en plein désert chevaucher aux côtés des bédouins, tout le monde ou presque ignore qui fut Gertrude Bell : elle était son aînée de vingt ans et aurait pu lui être comme une tante.
Leurs routes se sont croisées à plusieurs reprises, eux qui partageaient la même obsession pour le Moyen-Orient, la même passion pour l'histoire et l'archéologie, la même volonté de consolider l'Empire, ...
Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, français et britanniques s'entendent pour dépecer l'Empire Ottoman vaincu après avoir choisi le côté obscur. Si les français récupèrent des mandats sur le Liban et une partie de la Syrie, les britanniques occupent ce qu'on appelait encore la Mésopotamie, littéralement le pays entre les fleuves (le Tigre et l'Euphrate), de Bassora à Mossoul via Bagdad.
Dans la logique de l'Empire, c'est l'armée des Indes qui est chargée de "pacifier" la région : des milliers de cipayes débarquent à Bassora et c'est la doctrine "anglo-indienne" que l'Empire colonial veut appliquer dans la région.
Dans le même temps, les agents de renseignements de ce que les britanniques appellent à l'époque le Bureau Arabe, ou le Bureau du Caire, l'entendent autrement : ils veulent miser sur les arabes et instrumentaliser les bédouins pour bouter les turcs hors du Moyen-Orient. C'est le rôle diplomatique dévolu à Gertrude Bell puis à Thomas Edward Lawrence pour mobiliser les tribus des bédouins, principalement autour du roi Hussein ben Ali, roi du Hedjaz et Grand Chérif de la Mecque.
Mais après la Grande Guerre, la Grande-Bretagne est exsangue et n'a plus les moyens de ses ambitions coloniales : cela causera la fin du rêve britannique aux Indes (comme on l'a vu dans le bouquin de Lapierre et Collins : Cette nuit la liberté) mais on demande également à Winston Churchill une solution "à moindre coût" pour la Mésopotamie. le trône d'Irak est alors proposé à Fayçal, l'un des fils du Grand Chérif Hussein ben Ali.
Dans l’histoire, il est des personnages, hommes ou femmes, qui ont été (complètement) oubliés des livres, des manuels d’histoire ou des experts alors qu’ils ont accompli de grandes choses, qu’ils ont vécu plusieurs existences en une seule vie, qu’ils ont fait évoluer les choses.
C’est le cas pour notre héroïne, ici présente, en la personne de Gertrude Bell. Qui serait amène de dire qui était celle-ci ou de fournir seulement l’un ou l’autre élément de son histoire ? Personne ou quasi personne. Pourtant, on pourrait ainsi la comparer à un chat et ses 7 vies. En effet, elle a vécu plusieurs vies en une : aventurière, archéologue, espionne, exploratrice, diplomate et a été la première femme puissante de l’Empire britannique.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, elle dessine les frontières de l’Orient. Et malgré tout, elle est en quelque sorte « effacée » de l’Histoire. Elle joua un grand rôle sur des territoires anciennement connus comme la Mésopotamie : une région historique du Moyen-Orient située entre le Tigre et l’Euphrate, terre d’Abraham et de Babel, correspondant pour sa plus grande part à l’Irak et la Syrie actuels.
Olivier Guez est un auteur connu et reconnu par les lecteurs ainsi que par les journalistes, au travers du Prix Renaudot reçu en 2017 pour son roman, « La disparition de Josef Mengele ».
Par son dernier livre, « Mesopotamia », il propose une biographie romancée offrant un très bel hommage, une postérité à cette dernière. Bien entendu, Bell ne fut pas non plus une sainte exempte de tout défaut car il fallait « se battre » pour se faire entendre en tant que femme. A cette époque, la gent féminine était alors cantonnée à rester à domicile, se marier et faire des enfants. Malgré tout, Gertrude Bell ne se revendiquait pas comme féministe, bien du contraire.
Richement documenté (peut-être parfois trop pour certains), ce livre instructif permet de mieux comprendre les enjeux de l’époque, dont nombreux ont encore des conséquences à l’heure actuelle comme la fondation de l’Irak, la première mondialisation, l’émergence du nationalisme arabe ou les accords Sykes-Picot de 1916 entre autres. Tout cela est expliqué et décrit sans jugement.
L’alternance entre passé et présent pourra perturber l’un ou l’autre lecteur vu la complexité du contexte historique. Il faut s’atteler à ne pas s’y perdre mais, en même temps, quelle myriade !
Les historiens ne seront que ravis par cet ouvrage livrant une illustration de la géopolitique de cette période. Pour les autres lecteurs, ils pourront découvrir maintes choses sur le Moyen-Orient de la fin du 19ème siècle au début du 20ème en parcourant ce destin exceptionnel de Gertrude Bell.
Olivier Guez reprend la figure de la Queen of the Desert, interprétée par Nicole Kidman en 2015 pour nous présenter sa Gertrude Bell dans son nouveau roman, Mesopotamia. Figure d’une femme encore trop oubliée, Gertie, comme la surnomme le Laurence d’Arabie est à la fois « archéologue, exploratrice, écrivaine, femme politique, espionne et diplomate britannique » résume Wikipedia.
À travers le destin hors norme de cette femme, Olivier Guez met en lumière la situation historique de l’époque qui a donné naissance à ce Moyen-Orient, de 1916 à 1922 dont les blessures ne cessent de retentir sur notre monde contemporain.
Des brins d’histoire
Le Canal de Suez est inauguré en 1869 et Bassora, deuxième ville d’Irak après Bagdad, commence à prendre une place importante dès le début du XXè siècle. Sir Percy Cox est alors le chef de l’administration civile en Mésopotamie, occupée par l’armée britannique. Il s’active car il souhaite que l’armée britannique soit la première de tous les Occidentaux à conquérir la Mésopotamie depuis l’empereur romain Trajan. Dès 1908, la Mesopotamie devient le nouveau » jardin d’Eden » et « Jardin d’Allah « .
Gertrude Bell est une archéologue brillantissime. Elle avait 23 ans en 1892, au moment de son premier voyage en Perse. Elle parle couramment, évidemment l’anglais, l’allemand et le perse et son oncle lui propose d’entrer à l’Intelligence service, bastion de l’espionnage anglais. Sous la protection de Sir Cox, elle va déplier ses ailes. Elle fait la connaissance de Thomas Edward Laurence, dit Laurence d’Arabie, au printemps 1911. L’héritière de sixième fortune de Grande Bretagne devient à la fin de son adolescence attirante, mais pas pour son physique.
Délicieux !
Savoureux, la manière dont Olivier Guez décrit la personnalité de Gertrude, tout en finesse et subtilités. Car, elle va prendre sa place au milieu des hommes, aucunement par sa beauté, mais par son intelligence, sa vivacité, sa culture et sa compréhension du monde. Seulement, elle vit dans une époque où une femme est considérée comme illustrant magnifiquement la position d’un homme de pouvoir et son savoir…un objet de promotion en somme !
De plus, j’aime son ton décalé où frise une ironie certes déguisée mais impertinente. Olivier Guez met en lumière cette femme, parfaitement inconnue. Mais il explique aussi la création de ce Moyen-Orient qui est au cœur des préoccupations actuelles. Amie précieuse de Sir Laurence elle est déclarée la femme la plus puissante de Mésopotamie par Fayçal. Alpiniste chevronnée, elle a même donné son nom à un sommet de suisse, La Gertrudspitze. Mais pas d’idées révolutionnaires chez cette bourgeoise qui refuse le mouvement des suffragettes.
Car, Gertrude est, comme la voient ses interlocuteurs selon Olivier Guez, une « vieille fille acariâtre et excentrique, la reine vierge ». Seulement, elle fut la femme de l’ombre qui sut tirer des ficelles géopolitiques aux conséquences importantes. Admise comme « Political officer » elle est rapidement promue « Oriental Secretary ». Un homme saura vraiment convaincre à la fois son cœur et son intelligence, le Major Doughty-Wylie, surnommé Dick, avec, comme l’imagine Olivier Guez, une nuit d’amour si courtois que Gertrude en criera de désir cadenassé ! Prodigieux !
En conclusion,
Avec ses mélanges d’époque, Olivier Guez brise le code chronologique et évite l’ennui. Ce livre est à savourer, à méditer. Il est à reprendre, tant les répercussions des événements racontés résonnent pour notre présent. On ne peut ôter à Olivier Guez sa documentation qui permet de brosser un portrait, certainement très proche de la réalité, tant l’écrivain semble avoir combattu les penchants de l’admirateur passionné. Il n’est nullement question de découvrir une personne que l’on va aimer, mais de comprendre son implication dans cette histoire si complexe du Moyen-Orient.
La Mésopotamie a toujours été le centre de gravité des grands empires cosmopolites du Moyen Orient. Avec Mésopotamia, Olivier Guez relève le défi de décrire son histoire moderne avec le portrait hors du commun de cette aristocrate, férue de culture arabe, qui a côtoyé le pouvoir, pour qu’enfin on n’oublie plus Gertrude Bell.
Chronique illustrée ici
https://vagabondageautourdesoi.com/2024/08/15/olivier-guez-mesopotamia-rl2024/
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Taïna, indienne des Caraïbes, a été instruite dès son enfance pour devenir chamane, mais Christophe Colomb et les Espagnols arrivent...
Une belle adaptation, réalisée par un duo espagnol, d'un des romans fondateurs de la science-fiction, accessible dès 12 ans.
Merci à toutes et à tous pour cette aventure collective
Lara entame un stage en psychiatrie d’addictologie, en vue d’ouvrir ensuite une structure d’accueil pour jeunes en situation d’addiction au numérique...